L’AGRICULTURE EST L’AVENIR DE LA FRANCE

"Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France". Ce sont les mots qu'aimait bien répéter Sully, ministre du roi Henri IV. Sully qui, pour réorganiser les finances de l'Etat, a favorisé le développement de l'agriculture, en prenant de nombreuses mesures en faveur des paysans : (bétail et outils de travail deviennent insaisissables, construction de voies de communication, facilitation des acquisitions de biens communs et de l'exportation du blé et du vin…). Comme on le voit les aides à l’agriculture ne datent pas d’hier et la tradition agricole de la France non plus.
En 2010 un agriculteur est un véritable entrepreneur et comme tout entrepreneur il doit, tous les jours, faire face à des défis considérables : financiers, humains, techniques, administratifs. Avec cette particularité qu’il doit s’adapter aux climats, aux marchés, aux machines et aux réglementations. C’est un bosseur et un vrai passionné. Il contribue directement à l’aménagement du territoire et bien sûr il nourrit la population et bénéficie ainsi d’une bonne image dans l’opinion publique un peu ternie, ne soyons pas angélique, pas certains abus liés à l’agriculture intensive.

La dureté du travail, l’incertitude liée aux intempéries, la difficulté du retour sur investissement, la concurrence effrénée liée à la mondialisation, l’évolution de la législation liée à l’environnement, ne sont pas des atouts qui favorisent les vocations.

C’est ainsi que ce secteur, vital pour notre économie dans tous les sens du terme, a perdu de très nombreux emplois et semble en perpétuelle difficulté tout en accueillant toujours autant de visiteurs enthousiastes lors de son salon annuel de la Porte de Versailles (le plus important au monde). Ce paradoxe est à rapprocher du fait que nous soyons classés en 2ème position des pays producteur et exportateurs du monde, 1er exportateur de produit transformés et que la cuisine française soit la meilleure du monde. Dans ce contexte nous pouvons affirmer que l’agriculture c’est le passé, le présent et l’avenir de la France.

Mais cet avenir peut paraître incertain voire sombre. Pour consolider nos positions et même pour les faire progresser, nous devons mener une défense acharnée des points différenciant de notre production en protégeant notre agriculture de la grande volatilité des prix qui constituent des dangers permanents pour la plupart de nos filières. Pour cela nous devons mettre en place des outils de gouvernance, sans complexe, comme cela est proposé pour les marchés financiers. En régulant les marchés agricoles, nous pérenniserons nos exploitations et nous leur donnerons les moyens non seulement de mieux résister à la mondialisation, mais de s’appuyer sur elle.

Dans la même logique le prix au détail ne peut s’épanouir au détriment du prix à la production (Sur 40 ans, les prix agricoles ont été divisés par deux et dans le même temps, les prix de nos aliments n'ont baissé que de 14 %). La création de valeur doit être partagée. Nous devons lutter contre les importations à bas prix et organiser des filières structurées. Permettre que la grande distribution (en fin de chaîne) étrangle la production (en début de chaîne) c’est scier la branche sur laquelle repose notre agriculture.

Nous devrons nous donner les moyens de repeupler les campagnes. L’avenir appartenant aux jeunes, il faut que le secteur redevienne attractif pour les nouvelles générations notamment en plaçant la recherche et l'innovation au cœur de notre stratégie de développement, en revalorisant les filières, en construisant des régimes sociaux digne de ce nom et en revalorisant celles qui sont déjà acquises.

Enfin nous devons placer l’environnement au cœur de l’évolution de notre agriculture en réconciliant agriculture et environnement notamment en faisant de l’agriculture biologique un fer de lance d’une
agriculture moderne.

La France pourra revendiquer son modèle agricole Français : sur la base de la sécurité alimentaire dont les récentes crises ont montré toute l’importance, sur la base de sa quantité car la France est un pays producteur mais également sur la base de sa qualité dont on sait que c’est là où doit se faire la différence.

Bernard LEPIDI

REFORME DES RETRAITES : L’URGENCE

La gauche ayant soigneusement laissé de côté ce dossier si ce n’est pour l’hypothéquer, notamment en ramenant à 60 ans l’âge légal du départ à la retraite, la droite s’y est attaquée partiellement à 2 reprises. Il lui faut, maintenant, prendre le dossier à bras le corps, dans l’urgence compte tenu de la dégradation de nos finances publiques. Le système n’équilibre plus ses comptes, le budget de l'État est sollicité pour combler le déficit mais, l’Etat étant lui-même déficitaire, recourt à l’emprunt. Les 32 milliards de déficit prévus en 2010 (COR) mettent sérieusement en péril l’avenir du système dans sont ensemble. Intenable durablement en l’état. Le problème se pose en ces termes : résoudre durablement le déficit structurel des organismes chargés de payer les retraites en conservant le maximum d’avantages, sans toucher ni à la croissance de l’économie ni à la compétitivité du travail.

En France, les travailleurs partent à la retraite en moyenne à 61 ans « il ne faut pas confondre cessation d’activité – traité notamment par Pôle Emploi et départ à la retraite » indique Eric Woerth, Ministre du Travail. Si certains régimes peuvent avoir eu des âges de départ ou mise à la retraite spécifique, les principales dispositions légales relatives à l'âge de la retraite sont liées aux seuils de 60 ans et 65 ans et une retraite à taux plein est obtenue lorsque le nombre de trimestres de cotisations exigé a été atteint (162 trimestres en 2010) ou lorsque le départ s’effectue à 65 ans révolus. Les conditions de départ en retraite (âge et pension versée) dépendent des régimes complexes auxquels le travailleur a été affilié.

Tous les régimes français de retraite obligatoire sont construits sur le système de retraite par répartition : les cotisations prélevées sur les salaires des actifs servent à payer les pensions des retraités actuels, les cotisants accumulant des droits à pension sous forme de points de retraite et de trimestres validés. Ce système montre ses limites car l'inversion de la pyramide démographique implique un besoin en financement et une diminution du volume des pensions versées. Différents régimes de retraites, historiquement basés sur les branches professionnelles, assurent les travailleurs indépendants (artisans, commerçants et professions libérales) tandis que les autres régimes sont davantage fonction de l'appartenance ou non au secteur public ou à une des entreprises publiques. Une simplification des l’ensemble des régimes en créant un régime unique serait la bienvenue.

Quelles sont les pistes ?

1°) Allonger l’âge du départ à la retraite : Le constat est évident : la retraite à 60 ans c’est fini. Avec l’accroissement significatif de l’espérance de vie, ce tabou n’est plus défendable. Tout en prenant en compte la pénibilité du travail et l’âge du démarrage de celui-ci, la retraite devra progressivement trouver un équilibre avec l’espérance de vie. Il faudra éviter de créer des seuils obligatoires, ce qui est une hérésie, en faisant sauter le couperet des dates limites.

2°) Elargir l’assiette : La retraite est financée par les prélèvements sociaux effectués sur la rémunération avec une part patronale et une part salariale. Augmenter ces prélèvements alourdirait le coût du travail et pénaliserait la compétitivité du travail. Aujourd’hui pour compléter les besoins de financements et combler les déficits, l’état emprunte. Les déficits étant désormais insupportables pour financer les retraites, il faut élargir l’assiette de la collecte. Les pistes sont fiscales : Une nouvelle taxe de solidarité sur les hauts revenus (augmentation de la CSG non réductible par le bouclier fiscal). Un écrêtement des niches fiscales. La généralisation de l’impôt sur le revenu. Une augmentation de la TVA. Une taxe sur les bénéfices des entreprises… Seules les ressources qui ne touchent pas à la croissance et à la compétitivité du travail doivent être retenues.

4°) Augmenter la taxe salariale des fonctionnaires et aligner le calcul du salaire de référence de la fonction publique (6 derniers mois) sur celui du privé (moyenne des 25 meilleures années).

5°) Favoriser la retraite par capitalisation : La participation et l’intéressement pourraient être généralisés et devenir les supports d’une retraite parallèle par capitalisation. Auxquels pourraient s’ajouter utilement des rentes viagères sur le modèle de l’assurance-vie.

Le français ne peuvent être les victimes annoncées de l’inconséquence et de la mauvaise gestion de leurs dirigeants c’est pourquoi cette réforme devra être conduite à son terme quelque’en soient les conséquences politiques.

Source : INSEE, Ministère du travail, COR (Conseil d’Orientation des Retraites), Eric WOERTH Ministre du Travail (Echange avec l’auteur).

Bernard LEPIDI


DELINQUANCE ET IMMIGRATION : Y-A-T-IL UN LIEN ?

Le sociologue Hugues LAGRANGE a récemment publié un livre intitulé : Le déni des cultures (éditions du Seuil). Ce chercheur plutôt de gauche, à qui il est donc difficile de faire un procès d’intention, a mis les pieds dans le plat. A partir d’une étude réalisée auprès de 4349 adolescents habitants dans 150 quartiers situés pour l’essentiel en banlieue parisienne Hugues LAGRANGE à cherché les corrélations qui pouvaient exister entre l’échec scolaire, la délinquance et des populations issues de l’immigration africaine. Laissons parler l’auteur (interview donnée au Nouvel Observateur) :

« Pendant les émeutes de 2005, j'ai regardé la télévision. C'était peut-être un biais mais j'ai vu beaucoup de visages noirs, plus que leur proportion dans la population. Tout le monde le sait, 70% des villes de plus de 50 000 habitants qui ont connu des émeutes possèdent une ZUS (Zone urbaine sensible)... Et qui habite dans ces zones ? En Seine-Saint-Denis, on compte environ quatre Maghrébins pour un Noir. Alors, si en 2005 je voyais autant de Noirs sur les images, ça valait le coup de se demander pourquoi ils étaient à l'avant-garde des émeutiers ? »

Hugues LAGRANGE poursuit : « Mon travail au CNRS depuis sept ans porte sur les difficultés de socialisation dans les quartiers pauvres. Je me suis interrogé sur ces différents facteurs clefs que sont l'échec scolaire, l'absentéisme, mais aussi les délits... Ce que j'appelle «les inconduites ». Mon étude porte sur des adolescents qui ont à peu près 16 ans. J'ai découvert une très forte corrélation entre les mauvaises notes en 6e et l'implication future dans les délits pénaux. De plus, on s'aperçoit qu'à milieu social comparable, les adolescents issus des familles noires sont trois à quatre fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que ceux issus des familles autochtones ; les jeunes originaires du Maghreb deux fois plus. Ce que j'explique entre autres par l'évolution des immigrations. Les premières vagues étaient des familles africaines, cadres, classes moyennes et étudiants venus des zones dites « de la forêt », et petit à petit remplacées par une immigration extrêmement populaire, moins éduquée, précarisée par la crise économique, cette fois plutôt venue des zones rurales situées le long du fleuve Sénégal. Mais il faut aussi faire entrer en jeu l'évolution de la ségrégation de ces familles noires en France.

Hugues LAGRANGE prend des précautions en indiquant que son échantillon ne permet pas de généraliser à la France entière. Mais il revendique le droit de pouvoir étudier des données objectives comme le lieu de naissance des parents. Pour autant l’étude qu’il mène sur l’immigration africaine est un pavé dans la mare. Elle lève en effet un vieux tabou celui de l'indifférenciation ethnique (nos ancêtres les gaulois). Surtout, il crée un lien entre la délinquance et les origines ethniques des délinquants. Pour lui : « les adolescents éduqués dans des familles du Sahel sont 3 à 4 fois plus souvent impliqués comme auteurs de délits que les adolescents élevés dans les familles autochtones».

Enfin sur l’assimilation il précise : «...Il ne faut pas laisser entendre que ces familles ne s'assimilent pas parce qu'elles ne le veulent pas. Elles ne sont pas dans des conditions d'interaction suffisante avec la société française pour permettre cette corrosion mutuelle des mœurs qu'on appelle métissage…».

L’étude d’Hugues LAGRANGE est intéressante car elle montre que l’intégration de certains migrants est différente suivant le pays, l’origine ethnique et sociale dont ils proviennent et que dans certaines conditions elle conduit à la délinquance.

Il n’est pas question de faire, ici, la démonstration de la culpabilité des populations issues de l’immigration. L’Europe c’est un miroir aux alouettes pour les peuples des pays en développement. Il n’est pas étonnant que ceux-ci affrontent de multiples dangers pour se rapprocher de leur Eldorado et ce, d’autant plus, que celui-ci est une véritable passoire. Comment reprocher à ces populations de tout faire pour s’en sortir ?

Face à l’inflation migratoire, il est vital, dans ces conditions que, d’une part, l’ensemble des pays de l’Union Européenne et chaque pays individuellement, organisent un filtre efficace face aux flux migratoires. Et d’autre part qu’ils contribuent au développement de l’ensemble de ces pays pour que ces populations puissent rester chez elles. L’avenir de la France comme celui de ses voisins européens n’est pas dans l’accélération du métissage mais dans la maîtrise des flux migratoires et dans l’immigration choisie. Ces deux voies sont les bons moyens pour y parvenir.


Bernard LEPIDI





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